L’APOCALYPSE SELON LA PINTIÈRE

« Des Ténèbres à la Lumière », un cycle de 15 tapisseries

Dramatique mise à jour de l’invisible dans un déchirement de voile (le mot « apocalypse », d’origine grecque, signifie « révélation », « dé-voilement »), l’Apocalypse de Jean, dernier livre de la Bible, est une clarté dans la nuit, enfantement d’un monde nouveau dans un foisonnement d’images de désastre et de désir, à la fois cri d’angoisse et chant d’espérance – une espérance que Maurice de La Pintière (1920-2006) a gardée dans l’enfer des camps de Buchenwald, Dora et Bergen-Belsen ; il la représentera, d’abord lueur dans les mains du Déporté puis soleil éclatant ou étoile radieuse, au fil de ses tapisseries. Des Quatre Cavaliers au Mandala ou Jérusalem céleste, l’ensemble constitue aujourd’hui une œuvre à part entière. Depuis sa donation à l’Université catholique de l’Ouest en 2003, elle se trouve désormais à Angers, haut-lieu de la tapisserie de l’Apocalypse, en proximité artistique avec la tenture médiévale exposée au château et Le Chant du Monde de Lurçat.
Comme Jean, exilé à Patmos, son frère d’humanité dans l’épreuve (Ap 1,9), La Pintière est ce témoin visionnaire pour lequel le symbole est révélation d’un sens secret, épiphanie d’un mystère. Pour reprendre les termes de Georges Braque que La Pintière avait faits siens, l’art est bien ici « une blessure devenue lumière » et son œuvre, une nouvelle naissance.
Je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle […] de mort, il n’y en aura plus ; de peur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé… (Ap 21,1 ; 21,4).

Marie-Claude ROUSSEAU
Service culturel UCO - Angers

Texte écrit par Maurice de La Pintière

En 1961, la ville de Paris exposait au Musée d’Art Moderne le livre de l’éditeur Joseph Foret sur l’Apocalypse. C’était un livre énorme – exemplaire unique – dont le texte avait été entièrement écrit à la main sur parchemin et dont l’illustration avait été confiée à quelques grands artistes du moment : Dali, Trémois, Foujita, Léonor Fini, Ernst Fuchs, Cocteau, Zadkine, Mathieu, Buffet… Tel fut mon premier véritable contact avec l’Apocalypse.
Le sujet m’intéressait à plusieurs titres :
- en tant qu’artiste : l’Apocalypse a attiré bien des peintres et les quatre cavaliers ont été traités de façon magistrale par Dürer.
- en tant que chrétien : élevé dans une famille chrétienne et dans un collège catholique, j’avais reçu ce que l’on peut appeler une formation religieuse normale pour l’époque mais qui avait passé sous silence un des écrits du Nouveau Testament auquel on s’intéresse aujourd’hui : l’Apocalypse.
- en tant qu’ancien déporté : les persécutions subies par les premiers chrétiens du Ier siècle et les atrocités dont ont été victimes les défenseurs de la liberté et du respect de la personne humaine au XXe siècle, ont fait des uns et des autres des témoins (des martyrs).

TAPISSERIES DE LA PINTIÈRE

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